Entrée du Christ à Jérusalem

Icône de la fin du XVe siècle,
Novgorod, Russie.

Pour confirmer la résurrection de tous,
Avant ta passion,
Tu as ressuscité des morts Lazare, Ô Christ Dieu,
Ce pour quoi nous aussi comme les enfants,
Portant les symboles de la victoire,
Nous te chantons, vainqueur de la mort:
Hosanna au plus haut des cieux,
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

 (Hymne de la fête du dimanche des Rameaux.)

La fête

La première information sur la célébration de l’Entrée de Jésus à Jérusalem nous a été transmise par le Journal de voyage de la pèlerine Égérie, qui remonte aux années 381-384.
(…) « quand la onzième heure commence, on lit ce passage de l’évangile où des enfants, avec des rameaux et des palmes, vinrent à la rencontre du Seigneur, en disant: « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » (…) « Tous les enfants du pays, jusqu’à ceux qui ne peuvent pas marcher parce qu’ils sont trop jeunes, et que leurs parents portent sur les épaules, tous tiennent des rameaux, qui de palmier, qui d’olivier; et ainsi on escorte l’évêque de la même manière qu’a été escorté alors le Seigneur. »

Depuis le IIe siècle, l’entrée triomphale du Christ dans la Ville sainte – répondant à la prophétie de Zacharie – qui disait: « Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi: il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne » (Za 9,9).- a été considéré comme l’une des plus grandes affirmations de messianité.
On lit en effet, dans l’ouvrage de Justin, Dialogue avec Tryphon (IIe siècle): « L’entrée de Jésus à Jérusalem n’a pas par elle-même réalisé la puissance qui l’a fait Christ, mais elle a indiqué aux hommes qu’il était le Christ. »
Avec le temps, la commémoration de Jérusalem crût en importance et en solennité, si bien qu’au VIe siècle elle était en usage dans presque toutes les Eglises orientales, alors qu’en Occident on en fait mention environ un siècle plus tard, dans les oeuvres d’Isidore de Séville (+ 636).

L’iconographie

Les premières représentations iconographiques de la fête remonte au milieu du IVe siècle: le Christ chevauche un âne, devant lui sont étendus les manteaux et l’on agite les rameaux en signe d’exultation. Plus tard, le motif évoluera vers un Christ non plus chevauchant, mais en amazone, privilégiant non plus l’aspect « naturaliste » mais « symbolique », qui fait de la monture un « trône » du Christ-Roi.

Les maisons et l’ânon

Dans les représentations apparait parfois, en haut à gauche, un groupe de deux maisons entourées d’un mur. Ces deux maisons représentent symboliquement le village de Bethphagé.
On lit en effet ceci dans les évangiles: « Et il advint qu’en approchant de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoya deux des disciples, en disant: « Allez au village qui est en face et, en y pénétrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a jamais monté; détachez-le et amenez-le. Et si quelqu’un vous demande: ‘pourquoi le détachez-vous?’ Vous direz ceci: ‘C’est que le Seigneur en a besoin’.
Saint Jean Chrysostome (349-407) nous fait remarquer dans un texte son admiration envers la docilité des personnes à qui s’adressent les envoyés. « Qui peut persuader des personnes, vraisemblablement pauvres et qui gagnent leur vie par leur travail, de laisser emmener leurs animaux, peut-être leur seul bien, sans s’y opposer? »
Les deux disciples amenèrent l’ânon à Jésus et, ayant jeté leurs manteaux sur l’animal, il y firent monter Jésus.
Or, ceci advint pour que s’accomplit l’oracle du prophète: « Dites à la fille de Sion: Voici que ton Roi vient à toi; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d’une bête de somme ».

Voici notre roi-chante Romanos le Mélode (VIe siècle)- doux et pacifique, assis sur un ânon, qui accourt pour subir la passion et éradiquer les passions. Le Verbe est assis sur un animal, parcequ’Il veut sauver les êtres doués de raison.Et l’on pouvait contempler en croupe de l’ânon celui qui est porté par les chérubins et qui avait enlevé Elie au ciel sur un char de feu; le riche par nature devenu pauvre par choix, le faible par choix qui sait donner la force à tous ceux qui lui crient: « Béni sois-tu qui vient pour rappeler Adam ».

Dans cette représentation, l’ânon avance avec assurance, le cou droit, les oreilles tendues car à cette occasion le Christ réalise les prophéties par ses actes et par ses paroles. Le parcours de l‘âne est linéaire, en direction de la foule des juifs qui se tiennent devant la porte de Jérusalem.
Pour certains, l’âne représente l’élément instinctif de l’homme, une vie qui se déroule toute entière sur le plan terrestre et sensuel. Symboliquement donc, l’esprit doit « chevaucher » la matière, comme le Christ le fait avec l’âne. La théologie est au-dessus de toute connaissance humaine et sensible. A la différence de l’ânesse de Balaam (Nombres 22, 22-35), d’autres verraient dans notre ânon le symbole de la connaissance et de la science traditionnelle. Le monde, en effet, n’a pas connu la vraie lumière. (Jean 1, 10)
« Toi, assis sur l’ânon – chante-t-on dans l’une des hymnes de la fête – tu préfigures la conversion des gens indomptables, de l’incrédulité de la foi ».
Pour saint Jean Chrysostome « l’ânon représente ici l’Eglise et le peuple nouveau qui, jusqu’à ce moment était impur et qui devient pur, quand Jésus s’assied dessus. Les apôtres détachent les animaux: ce sont en effet les apôtres qui ont appelés à la foi aussi bien les juifs que nous; et par eux nous avons été conduits au Christ. »

La montagne et les disciples

« Qui s’appuie sur le Seigneur – dit le psalmiste – ressemble au mont Sion: rien ne l’ébranle, il est stable pour toujours. Jérusalem! Les montagnes l’entourent, ainsi le Seigneur entoure son peuple dès maintenant et pour toujours. » (Ps 125)

La montagne qui s’élève sur la gauche est le mont des Oliviers, d’où Jésus descendit pour entrer à Jérusalem. Plusieurs significations sont possibles. Ici les deux cimes du sommet veulent évoquer la double nature du Christ: divine et humaine.
C’est en tout cas la montagne messianique, la sainte Sion, mère de tous les peuples (Ps 87) , demeure divine (Ps 48), que le psalmiste avait célébrée, comme résidence du roi d’Israël et lieu du Temple, au coeur de l’antique Jérusalem, et dont le prophète avait dit: « Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison du Seigneur sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines. (…) Il agitera la main vers la montagne de la fille de Sion (Isaïe 2, 2) ».

La montagne fait face à Jérusalem, s’élève et se déploie de façon massive, occupant un espace visible plus grand que celui de la ville. Le Seigneur s’avance, suivi de ses disciples vers Jérusalem, la cité close entre ses murs.
« On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance de Yahvé, comme les eaux couvrent le fond de la mer ». (Isaïe 11, 9) . Voilà pourquoi dans certaines icônes le Christ regarde vers Jérusalem alors que toute sa personne est tournée vers la montagne. Le Christ bénit. Geste sacerdotal.

Sur le flanc de la montagne s’ouvre un antre d’où les apôtres semblent sortir à la suite du Christ.  Il représente donc la grotte du mont des Oliviers « où enseignait le Christ ». En effet, selon la tradition, aux premiers jours de la semaine de la Passion, les apôtres auraient été initiés par Jésus aux saints mystères. La grotte est un gouffre noir car il figure symboliquement les ténèbres. Les disciples incarnent le peuple qui cheminait dans les ténèbres et qui vit resplendir une grande lumière « sur les habitants du sombre pays »; (Isaïe 9,1). Ils sont le peuple nouveau, « le cortège du Christ-Roi, prêtre et victime qui apparaît au milieu des fidèles.

« Tu as multiplié la nation, tu as fais croître sa joie – avait prophétisé Isaï – ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit à la maison, comme on exulte au partage du butin (…) car il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom: Conseiller merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-Paix.

Le palmier et le Christ

Au centre la représentation, sur l’axe vertical, on voit le Christ et, au fond, le palmier d’où les enfants tirent des rameaux pour faire la fête au fils de David.
On peut lire dans les Catéchèses de Cyrille de Jérusalem (IVe siècle): « nombreux sont les vrais témoins du Christ (…) en témoigne le palmier qui se trouve dans la vallée, et qui fournit les rameaux aux enfants qui le célèbrent alors. »
Cependant, la présence du palmier est moins un rappel d’une réalité historique qu’un élément symbolique comme dans toutes les icônes.
« Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur. Ce jour-là, la racine de Jessé se dressera comme un signal pour les peuples. Ce jour-là, le Seigneur étendra la main une seconde fois, pour racheter le reste de son peuple. » (isaïe 11, 1-2, 10-11).
Le palmier est une image messianique: il comble le vide entre la montagne Dieu – la Divinité – et la ville – l’Humanité.

On lit dans le prophète Jérémie: « (…) mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors, je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. » (Jérémie 31, 33)

Le Christ seul a une auréole. Il est en effet le seul saint: « Je suis Celui qui est ». (Ex 3, 13-14) comme on peut le lire sur les bras de son nimbe crucifère. Sa tunique est de pourpre royale et son manteau bleu doré parce que la pourpre de sa chair – son humanité – a été enveloppée par la divinité. Il a entre les mains le rouleau de nos dettes, « la cédule de notre dette qui nous était contraire. » Il nous a pardonné toutes nos fautes. (Colossiens 2, 13,14)

Romanos le Mélode fait répondre le Créateur bienveillant à l’homme qui lui crie son repentir: « Ô créature sortie de ma main, comme je savais que la loi ne pourrait te sauver, je suis venu en personne. Ton salut ne revenait pas à la loi, puisque ce n’était pas elle qui t’avait créé; il ne revenait pas davantage aux prophètes, qui, comme toi, étaient mes créatures. Il me revenait à moi seul de te délivrer de ta lourde dette. (…) Ai-je aimé les anges à ce point? C’est seulement pour toi, malheureux, que je me suis pris de tant d’affection. J’ai masqué ma gloire et moi, le riche, je me suis fait spontanément pauvre, parce que je t’aime beaucoup.

Le Christ est assis sur l’ânon d’une façon qui n’est pas naturelle. Il est assis sur le trône du Roi pacifique et bon. Son regard mélancolique est tourné vers Son Heure.

Les enfants et le peuple

Le dimanche des Rameaux est la fête des enfants! Ils ne se demandent pas: « Qui est celui-là? », au contraire ils le saluent de leurs cris: « Hosanna au fils de David! », suscitant l’indignation des scribes et des pharisiens.

Dans le Psaume 8:

« Lui qui redit ta majesté plus haute que les cieux
Par la bouche des enfants, des tout petits,
Tu l’établis, lieu fort, à cause de tes adversaires
Pour réduire l’ennemi et le rebelle.

Les enfants réalisent donc cette prophétie du roi David.

Ensevelis avec toi, Ô Christ notre Dieu
Par le baptême, à travers ta résurrection,
Nous somme rendus dignes
De la vie immortelle.

Aussi te chantons-nous:

Hosanna au plus au des cieux,
béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

(Hymne de la fête du dimanche des Rameaux)